29/05/2017

Introduction et situation actuelle

INTRODUCTION

 

“L’état naturel des langues est le dialectalisme.

 Mais les langues, comme les hommes,

ne peuvent vivre à l’état de nature.”

Robert Lafont

 

 

Partout dans le monde, en Chine avec le chinois, en Tanzanie avec le swahili, avec le 'bahasa indonesia' en Indonésie, le tok pisin en Papua-Nouvelle Guinée, etc., des efforts très importants de planification linguistique, dont l'unification, sont soutenus par le pouvoir politique en place pour faire face aux problèmes de communication,

d'éducation et d'administration et pour éveiller une identité culturelle propre à ces nations notamment face à d'autres langues venues de l'étranger qui risquaient de constituer une menace pour l'intégrité culturelle des populations autochtones.  Au cours des derniers siècles, des langues européennes furent normalisées.  Ainsi, une des plus vieilles réussites en matière de normalisation linguistique est sans conteste la confection de la Bible d' Etat ou Statenbijbel de 1618 à 1637 pour laquelle des traducteurs de toutes les parties des anciens Pays-Bas collaborèrent démocratiquement à la recherche de la forme la plus commune à tous les locuteurs néerlandophones de l'époque. Plus tard, Monaco verra de la même façon le monégasque standardisé en vue de l'enseigner dans les écoles. En 1993, suivant une autre méthode, le batua deviendra la langue unifiée basque dès 1968, en se basant sur le dialecte guipuzcoan, utilisé par le plus grand nombre.  Le théologien Venceslas Hammershaimb, lui, forgea seul une langue écrite unifiée pour le féroïen au 19e siècle en prenant bien soin de ne retenir que les formes les plus distinctes du danois qui menaçait cette langue. Enfin, d'autres langues comme le tzigane et le 'rusyn', langue slave transfrontalière parlée notamment en Vojvodine et en Slovaquie, sont en voie de normalisation.             

 

 

SITUATION ACTUELLE

 

Actuellement, comme les langues ‘majoritaires’, nombre de langues ‘minoritaires’ ont atteint le stade vital de l’uniformisation (cf l’occitan, le frison, ... en Europe; le népali, le khmu’, ... en Asie; le berbère, ... en Afrique).

 

La tolérance de grandes langues unifiées comme l’anglais, l’allemand, l’espagnol, le portugais à l’égard de leurs dialectes est devenue remarquable. 

Ainsi, l’allemand qui compte 10 dialectes absorbe les différents synonymes qui peuvent apparaître à côté de centaines de mots de la langue standard: Abendessen ( (le) souper) aura pour synonymes Abendbrot, Nachtessen, Vesper, Abendstück, Nachtmahl, Abendkost, Nachtkost suivant les régions; Samstag (samedi), Satertag, Sonnabend; Karneval (carnaval), Fasching et Fastnacht. 

De même, l’anglais tolérera pour traduire ‘nous deux’: ‘we two, (the) two of us, us two, thee and me, (the) two on us’; ‘parmi’: ‘amongst’ à côté de ‘among’; ‘nous sommes’: ‘we bin’, ‘we be’, ‘we am’, ‘us be’ pour ‘we are’, etc.

 

Les langues ‘minoritaires’ évoluent également dans le sens d’une forme unique, tout en tolérant des variantes.

Pour ce qui est des langues romanes, le romanche en Suisse est en train de passer avec succès d’une langue dialectale à une langue uniforme, le “Rumantsch Grischun”.  Le besoin d’une langue unitaire s’est fait sentir à partir du moment où la langue romanche avait acquis une importance suprarégionale.  Le RG, basé sur les trois principaux dialectes, est élaboré suivant un principe majoritaire: la sélection des formes linguistiques s’effectue - sauf exceptions - dans le sens de la majorité indiquée par la comparaison des trois variantes prises en considération.  Ce principe vaut à tous les niveaux, aussi bien pour la phonétique, la morphologie, la syntaxe et le lexique. 

L’argument principal utilisé est que seule une langue standard est en mesure de garantir un usage généralisé de la langue dans la sphère quotidienne de la communication écrite: “Linguatg per scriver e leger.”

On pense également à unifier le franco-provençal parlé notamment dans le val d’Aoste (CZERNILOFSKY, 1997, 149).

 

En Espagne, le catalan a connu une normalisation réussie en trois étapes: l’orthographe (1913), la grammaire (1918) et le dictionnaire (1932). (HERAUD, 1986, 166)

En Aragon, pour l’aragonais, subdivisé en quatre dialectes, parlé par ... un peu moins de 30.000 personnes, le Consello d’a fabla Aragonesa utilise depuis 1974 une norme orthographique et la normalisation de la langue est en cours depuis 1987.  (CONSELLO, 1988,1-3)

En 1968, l’Académie basque (Euskaltzaindia) s’est fixé officiellement pour but l’unification des 7 à 12 dialectes.  Par souci d’ouverture, on introduisit notamment le ‘h’ prononcé en France, mais inconnu en Espagne. (HENDSCHEL, 1990, 15)  Le basque unifié ou batua se base surtout sur le guipuzcoan, le dialecte le plus utilisé aujourd’hui.  (KREMNITZ, 1991, 14)

 

En France, les Occitans pouvaient déjà acheter en 1974 une grammaire rédigée en ‘occitan référentiel’, résultat d’une normalisation des formes des différents dialectes: le Mémento Grammatical de l’Occitan Référentiel de R. Teulat.

En 1975 paraissait un ‘Assimil’ en occitan.  L’apprentissage de la langue y reposait sur le dialecte linguistiquement central, le languedocien, aisément compréhensible par tous les autres Occitans, avec le soutien de l’Université Paul Valéry.  Tout comme les Romanches en Suisse, toutefois, “totes los parlars d’Occitania son de bona lenga d’oc.” (TAUPIAC, 1977, 10) 

 

A l’Est de l’Europe, les langues slaves se sont unifiées de diverses façons.  Le serbo-croate (ou serbe et croate depuis la guerre) s’est uniformisé dès 1835.  Un certain Gaj publia alors le premier journal croate: “Novine horvatske” afin de propager les projets de grande Illyrie.  Cet homme habile n’utilisa pas le dialecte ‘kajkave’ de Zagreb, la capitale croate mais le ‘stokave’ parlé dans le sud de la Croatie qui était beaucoup plus proche du serbe et qui servira aussi de base pour la langue et la littérature serbes. (West M, 1982, 21-22)

En Lettonie où existent trois dialectes, le haut, le moyen et le bas letton, le moyen letton s’est imposé dès 1922 comme langue écrite à tous les niveaux de l’enseignement.  Ce dialecte était parlé dans la partie la plus riche de la Lettonie.  (PAKLONS, 1991)

 

Le monde celtique s’est également mis à présenter une version uniformisée de ses langues.  Outre le gallois et le breton, l’irlandais fait l’objet d’une simplification.  Tel ce livre d’apprentissage du gaélique où “the dialect represented is that of West Munster”. (DILLON, 1961, 20)

00:43 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.